Je lis des albums·Que jeunesse se fasse...

On nous a coupé les ailes Bernard & Bravo

 A huit ans, le danger me fait mourir de rire :

 » T’es cap ?! Moi aussi je suis cap ! « 

Comme elle est légère cette journée d’été, comme elle est inondée d’une jolie lumière cette nature verdoyante où, des oiseaux à la moindre petite libellule, tout semble serein. Ils sont quatre, et entre eux autant dire que tous les coups sont permis. Ils collectionnent les bêtises et les éclats de rire et la seule chose à craindre serait les sermons de leur mère qui tente autant qu’elle le peut de contenir l’énergie débordante de ces quatre loustics. Nous sommes en Août 1899 et cette insouciance-là, personne ne sait encore combien elle est précieuse. Personne ne sait encore que parmi eux, certains n’atteindront peut-être jamais leurs 25 printemps.

Octobre 1914. La légèreté estivale n’est plus. L’automne n’a pas sa douceur et son charme habituels et les prairies d’autrefois ne sont plus qu’entailles et longs boyaux de terre. Une terre refuge pour des milliers d’hommes, une terre tombeau qui vomit chaque jour des corps et des cris. Le bruit, les hurlements, les éclats des explosions. On ne rit plus et les viscères de la petite grenouille malmenée durant les jeux d’enfants trouve sa revanche. Dans cette cour-là, c’est la chair des hommes qui s’éparpille.

Illustrations d’Emile Bravo

 » On pleure, on hurle, on jure, on geint, on prie autour de moi.

Mais moi, je ne crois plus en Dieu ni en l’Homme,

ni en rien au milieu du vacarme assourdissant.« 

Page après page, par un jeu de récits croisés, passé et présent s’entremêlent. Le présent d’un jeune homme pris dans les méandres des impitoyables tranchées et son passé si doux et serein, celui d’avant la Grande Guerre. Quand le premier récit vient dire combien le front n’est qu‘horreur et désarroi, le second offre un instant de répit au lecteur. Il dit la douceur, il dit la simplicité d’être heureux ensemble. Par des jeux de couleurs suffisamment explicites, le jeune lecteur comprend ce qu’était ce conflit dont il entendra tant de fois parler en cours d’Histoire. Enfin, tel un lien entre ces deux mondes, la passion d’un petit garçon pour l’aviation. L’adolescent qui fabriquait ses maquettes d’avion voit désormais défiler dans un ciel en guerre, ces modèles qui le fascinent tant. C’est cette part d’enfance qui resurgit quand, dans les tranchées, il retrouve ces gestes familiers et fabrique ces petits avions qui ne s’écraseront jamais sur la terre meurtrie.

Ce récit de guerre se fait à la première personne, ce qui rend d’autant plus fort le lien que le lecteur partagera avec le personnage. Le héros s’adresse à sa mère et s’accroche tant bien que mal à une vie fragile soumise aux caprices d’un environnement des plus hostiles. L’émotion est là, sobre mais si touchante, et cette simplicité suffit à dire toute la beauté du récit en lien avec l’histoire familiale de l’auteur. Voilà donc un album qui tombe à point nommé dans un paysage littéraire bouillonnant d’actualité. Si La Guerre des Lulus excelle dans le paysage jeunesse, ce petit récit tient ses promesses avec un choix narratif qui implique immédiatement le lecteur et le plonge dans une période parfois complexe à aborder avec les plus jeunes. La gravité de l’Histoire est là tout en ayant la délicatesse d’être dépeinte –  tant en mots qu’en images –  avec une grande justesse.

Un titre qui va figurer dans la prometteuse sélection du Prix des jeunes lecteurs de l’Oise (Et Jérôme n’en est pas peu fier…). Un excellent choix, je te le concède. Et comme cet éventail livresque me semble particulièrement riche cette année, je pense le lire intégralement pour suivre de près ce prix qui tient tant à cœur à mon blogueur adoré.

Les billets de Jérôme, Noukette, Ys.

Une chronique France Inter où il est question de l’album de Fred Bernard et Emile Bravo.

Un pas de plus pour le Challenge Hérisson et celui de Stephie !

Je lis des albums 6/20
Je lis des albums
6e/20
Le challenge de Stephie

On nous a coupé les ailes Fred Bernard et Émile Bravo

Albin Michel

11€50 / pages

ISBN 978-2-226-25265-4

 

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10 réflexions au sujet de « On nous a coupé les ailes Bernard & Bravo »

  1. Dans un autre genre que les Lulus, c’est aussi une belle réussite. As-tu essayé la série BD « Les Godillots » ? Ou même le roman jeunesse qui en est tiré, illustré aussi et qui peut se lire indépendamment des BD ? C’est très réussi aussi.
    Merci pour le lien.

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  2. Un bel hommage pour ce magnifique album, j’adore ton billet 😉
    Et je ne suis pas peu fier, oui, de le faire découvrir dès septembre à près de 2000 élèves. Hâte d’aller en parler devant eux d’ailleurs.

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