Neuvième art

Perico T1 – Hautière et Berthet

« Un beau bordel »

Un homme empoignant fermement sa mallette regagne le taxi censé le conduire à la gare maritime. Quelques kilomètres plus tard, des coups de feu qui n’épargneront ni les vitres ni les crânes. Les nuits cubaines ne résonnent pas toujours au son des langoureuses salsas et peuvent être rythmées par les tirs saccadés des balles qui fusent de toute part et laissent un goût de sang. L’empire des mains sales. Catins, drogue et argent: la sainte trinité revisitée. Un cocktail détonnant qui pourrait figurer à la carte du nightclub « Sans souci » où se déroule cette sombre histoire.

« L’été à la Havane, on passe son temps à regretter l’hiver« 

Nous voilà, lecteurs, plongés dans un milieu bien obscur où seules les règles imposées par les puissantes familles de la mafia cubaine ont droit de cité. Les codes sont clairs et les manquements à ces codes sans appel. L’absence de loyauté déclenche des gâchettes et les coups bas deviennent la norme pour obtenir la moindre miette d’information afin de nuire à ceux qui voudraient sortir des sentiers tracés par les « décideurs ». Dans ce microcosme mafieux, les hommes mènent le jeu. Les femmes sont marchandise, monnaie d’échange ou de objet de convoitise. C’est le cas de cette beauté ténébreuse, qui vient d’intégrer le clan Batista. Sur scène, Elena de la Luz, nouvelle protégée du grand chef, charme de sa voix de velours les hommes grisés par l’alcool et étourdis par les corps légèrement vêtus des danseuses. Joaquin, jeune serveur du Sans souci n’échappe pas à la règle et s’éprend de cette beauté incandescente…

 » Quand tu auras une femme fiston, ne la laisse pas chanter. Les filles qui chantent au bout d’un temps, elles se prennent pour des oiseaux, et un jour, elles s’envolent. »

De fil en aiguille, le jeune homme se retrouve au coeur d’une grosse affaire d’argent sale qui va venir bouleverser les hautes sphères cubaines de la corruption en l’entraînant dans une fuite en avant difficile à maîtriser. Guidé par sa tendre naïveté, il ne s’engouffrera pas seul dans cette faille suffisamment grande pour entraîner bien des personnages dans sa chute. Si son inconscience peut être touchante, n’oublions pas les désastres qu’elle pourrait provoquer quand on sait à quel point la plume d’Hautière peut se révéler douloureusement incisive. Certains jalons sont posés et il me tarde de découvrir l’issue de ce road trip palpitant.

Hautière / Berthet

Une nouvelle fois, Régis Hautière a réussi à m’emmener là où je ne souhaite guère aller en matière de lecture. Après l’indétrônable Abélard, petit être à plumes déchirant de beauté, voilà que je me perds dans le milieu mafieux et les sombres rouages du polar, moi qui ne cesse de dire combien ce genre me rebute  particulièrement… Le scénario tient parfaitement la route et se veut suffisamment haletant pour nous donner envie de lire le tome 2… A l’heure même où je viens d’achever le délicieux True Romance de Tony Scott, autant dire cette histoire avait, à sa manière, un peu de cette saveur-là… Quant à Berthet, il a réussi, pour dépeindre ce Cuba des années 60, a recréer l’ambiance chaude et menaçante d’un état où bien des choses se disent et se passent derrière les ombres régulières des persiennes. Cuba devient un monde feutré, étouffant dans un carcan coloré qui sied parfaitement à cette histoire au fort potentiel cinématographique. Les regards des personnages sont aussi noirs que les histoires dans lesquelles ils baignent et les ruelles étroites n’offrent rien de bien rassurant… Une très belle surprise.

Les avis de Noukette, Jérôme etUn amour de BD.

L’interview des auteurs.

La chronique du tome 2.

Perico Tome 1

Hautière et Berthet

Dargaud – Ligne noire

ISBN 978-2-505-01926-8

62 pages – 14.99€

Le rendez-vous de Mango
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TOP BD Yaneck  17/20
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19 réflexions au sujet de « Perico T1 – Hautière et Berthet »

  1. Comme toi, le polar noir, les courses poursuite et les affaires pas claires de gros sous, au départ, c’est pas mon truc… C’est dire que Hautière a un talent fou ! Vivement la suite !

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    1. C’est un des « reproches » que j’ai pu lire pour Perico… Je découvre Berthet avec cette lecture. Si Hautière n’avait pas signé le scénario, je ne serais pas nécessairement allée vers ce genre de dessin. Finalement l’alliance des deux fonctionne parfaitement.

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    1. Merci ! Non, il n’est pas de moi. (Si tu voyais comme je dessine, tu comprendrais vite… 😉 )

      [Et si tu as juste l’occasion de l’emprunter tente malgré tout. Je me suis fait la même remarque que toi concernant cet univers et pourtant j’ai vraiment trouvé ça bien… ]

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