Challenge accepted !·Que jeunesse se fasse...

3000 façons de dire je t’aime M-Aude Murail.

 » Nous étions trois collégiens de cinquième et nous venions d’horizons si différents que rien ne nous destinait à nous dire un jour je t’aime« .

Neville, Chloé, Bastien. Le triangle amical, le triangle amoureux. Un des plus beaux rôles peut-être qui leur a été donné de jouer dès l’adolescence. Il suffira d’un professeur en classe de cinquième pour éveiller chez eux une passion pour le théâtre. Les années passent et endorment cette envie naissante qui ressurgira quelques années plus tard comme le plus étonnant des coups de théâtre… Fruit d’une autre rencontre avec le charismatique Jeanson, un grand homme féru de la scène aux regrets qu’il garde pour lui mais qu’il refuse de laisser aux autres… Il est ce professeur atypique qui saura les pousser dans leurs retranchements, les bousculer dans leurs habitudes, mettre le doigt là où le bât blesse. Le trio amoureux se métamorphose en trio d’apprentis acteurs qui va fouler les planches pour déclamer avec ferveur les plus beaux mots de la langue de Molière ou de Shakespeare. L’enjeu est de taille puisque ce professeur les prépare à passer le concours d’entrée au conservatoire. De longues journées et soirées, faites d’inlassables répétitions les attendent. Quant à nous lecteurs, nous nous laissons prendre au jeu, aux mots, bercés par les répliques des adolescents. Une histoire durant laquelle nous grandissons avec les personnages, portés par cet amour des planches qui en serait presque communicatif…

 » Non, elle ne jouait pas la comédie. Elle était seulement en train de se dédoubler. Il y avait la Chloé de la famille Lacouture, gentille et rétractée, et la Chloé de Neville et Bastien, dont on ne pouvait encore savoir qui elle était« .

Il y a des je t’aime que nous prononçons à voix basse, comme un précieux secret qu’on révèle, des je t’aime que nous avons envie de hurler tant cet amour-là nous dévore, des je t’aime que nous taisons, des je t’aime que nous ne disons plus, des je t’aime que nous ne dirons jamais, ou alors sans le penser, des je t’aime que nous ne sommes plus capables de dire ou que nous disons, en trop bons ou mauvais acteurs à deux personnes à la fois, des je t’aime que l’ami cher et adoré mérite plus que l’amant infidèle, des je t’aime qui ne s’attendent plus, de guerre lasse… Loin de moi l’idée de dresser une liste de trois mille occasions de prononcer ces trois mots d’amour mais autant dire que Marie-Aude Murail frappe encore très fort et fait battre nos cœurs avec ce titre magnifique.

 » Je veux seulement qu’il existe. C’est pour lui-même que je le veux« .

Le Prince de Hombourg – Kleist.

C’est d’abord une déclaration d’amour au théâtre et à la littérature, fil directeur de ce roman jeunesse passionnant. Les fantômes des plus grands dramaturges hantent ces pages et nous font traverser les siècles de l’histoire littéraire. Que nos héros déclament les plus célèbres répliques de Molière, qu’ils endossent le rôle de Caligula ou qu’ils citent Brecht et Marivaux en passant par Racine, bien des mots précieux des canons littéraires subliment les pages de ce roman. C’est ensuite une déclaration d’amour à l’amitié, à ce lien indéfectible qui vous lie aux proches qui vous accompagnent au quotidien (ou parfois d’un peu trop loin), vous constituent, ceux que l’on voudrait auprès de soit aussi longtemps qu’un grand amour.

Inutile de dire que la lecture de ce roman m’a enchantée. J’aime le théâtre puisqu’il est associé à mon premier coup de foudre littéraire. L’Antigone d’Anouilh a fait exploser le cœur de la collégienne que j’étais, me faisant comprendre que la littérature avait sur moi un pouvoir singulier, sentiment très puissant qui ne m’a jamais vraiment quittée et fait désormais partie de moi. Si ce texte me paraît plus adapté pour des lycéens ou de très bons lecteurs de 3e, il a la force de proposer des héros au tempérament bien trempé, des personnalités comme sait si bien les inventer MAM. Leurs histoires sont incroyablement belles et j’ai retrouvé cette plume délicate et sensible que j’avais tant aimée dans Oh Boy ! Comme à chaque fois, les premières lignes sont percutantes et s’octroient le luxe rare d’emporter l’adhésion du lecteur aussi vite qu’elles sont lues. L’émotion est là, s’impose d’elle-même, avec une facilité presque déconcertante tant les écrits de MAM viennent systématiquement « piquer » la lectrice que je suis avec une grande justesse et assurément avec la même douceur qu’un je t’aime murmuré à l’oreille. Une valeur sûre, sans nul doute.

Une lecture que je partage avec la délicieuse Stephie.

Les avis de L’or rouge, NouketteHérisson, Leiloona, Theoma, Emma, Bouma.

3000 façons de dire je t’aime Marie-Aude Murail

École des loisirs.

16 €/267 pages

9782211212014

Challenge amoureux L'Irrégulière -Saison 4
Challenge amoureux
L’Irrégulière -Saison 4

Inauguration de ma participation au Challenge amoureux de l’Irrégulière, cru 2014.

Catégorie « Amours adolescentes« .

Inauguration de ma participation aux défis

d‘Eimelle et Ankya sur le théâtre.

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32 réflexions au sujet de « 3000 façons de dire je t’aime M-Aude Murail. »

  1. Oui, c’est tout à fait ça une vraie déclaration d’amour à la littérature et au théatre… Aux auteurs aussi… Que c’est bon d’avoir une passion ; voilà ce qu’il dit aussi ;0) Le lien que tu as laissé chez moi n’était pas le bon, j’ai corrigé cela :0) Bon week end Moka

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  2. J’aime bien Marie Aude Murail et le côté hommage à la littérature me parle. Je vais voir si je le trouve à la médiathèque ce week end 🙂 (ps: comme toi, Antigone d’Anouilh m’a transportée à l’adolescence. Perso, ça m’a fait comprendre que je pouvais aimer autre chose que les romans jeunesse d’aventure et qu’il y avait des choses intéressantes dans la littérature un peu plus classique)

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  3. Coup de coeur pour moi aussi même si les personnages ne m’ont pas autant emportée que ceux d’autres romans. Maintenant que mon billet est bouclé, je me souviens d’un truc, tiens. Tu ne l’as trouvé bizarre ce « nous » narratif qui n’est en fait aucun des trois ados ?

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      1. Dès les premières lignes… Et pourtant chacun d’entre eux est désigné par son prénom. Et il n’y a pas de quatrième personnage qu’on découvre à la fin.

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  4. Bonjour, j’ai lu ce livre et j’ai adoré mais il y a un passage que je n’ai pas bien compris : pouvez vous me l’expliquer s’il vous plaît ?
    C’est à la fin du livre, au moment ou Bastien veut déclarer sa flamme une 2ème fois à Chloé et ou ils vont au parc, avant de retrouver Neville. À ce moment là , Chloé va parler de Neville et dire « il a sonné… J’étais seule chez moi…. » et Bastien répond « Ah ? … oooooh ! » un truc du genre ! Et ensuite le narrateur « Chloé fut étonnée qu’il ait compris si vite  » je ne comprends pas, qu’est-ce qu’il a compris si vite ? Que Neville l’a embrassée ou lui a fait une déclaration d’amour ou bien a couché avec elle ? Merci 😊

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