Et mon coeur fait boum·Neuvième art

Jardin d’Hiver Dillies et La Padula

Dillies & Grazia La Padula.

Est-ce bien utile de dire combien Dillies a envoyé valser toutes mes certitudes en matière de bande dessinée ? Est-ce bien utile de dire, combien j’admire son trait et sa sensibilité, combien il compte parmi les grands noms des artistes qui ont fait font battre mon cœur et qui l’ont parfois un peu trop malmené ?  Ainsi, quand Jérôme me demande de nous retrouver un mercredi pour cette lecture commune, il allait de soi que je ne pouvais refuser un si joli partage.

Jardin d’hiver, ou l’histoire d’un fait divers. Cela part d’une petite coupure de presse, de quelques lignes sur les pages froissées d’un journal. Un homme retrouvé dans son appartement, une histoire de fuite d’eau. Une petite bouture à entretenir, Jardin d’hiver peut désormais grandir, tant le duo d’artistes qui va le faire sortir de terre a l’imagination fertile.

Flic, flac, floc. Flic, flac, floc. La pluie pour seule musique, fantôme du tic-tac insoutenable d’une vieille horloge comtoise. Du gris, partout, du vent dans les cheveux, un peu, quelques plumes noyées sous l’eau qui s’écoule inlassablement. Les regards sont tristes, vides, pas d’horizon, peu de lumière. Juste des pavés qui luisent sous la pluie glacée et les pas des passants.

Dans son appartement insalubre, ce petit vieux aux joues flasques et au ventre rebondi. Il est la solitude incarnée et quel n’est pas son bonheur lorsque Sam, notre héros, frappe à sa porte pour connaître l’origine de cette valse des gouttes d’eau. Cependant, ce terrible isolement a fait des ravages sur ce petit être rongé par le temps. Dans ce paysage sombre et triste, seul le canapé miteux d’un rose juste un peu doux offre un peu de lumière. C’est alors qu’il voit dans l’arrivée impromptue de son jeune voisin le retour du fils prodigue. Sa mémoire lui joue des tours mais le bonheur lui redonne soudainement vie.

La vie de Sam n’est guère plus enthousiasmante. Comme tous les âmes errantes de cette ville, il avance les yeux cernés et le dos courbé. Il est un être de douleur, de souvenirs pesants et d’absents trop présents pour trouver l’apaisement. Heureusement, il y a Lili. Et dieu sait si cette jolie rousse rayonne, qui plus est lorsque léger et vaporeux, son corps danse, entre arabesques et pirouettes délicates. L’évanescence même entourée d’un ruban de soie, le plus joli des présents qui soit.

 » Et moi je la regarde sans jamais éprouver une once de lassitude […] On n’en a jamais parlé, mais je crois bien que je l’aime. »

Jardin d’hiver dit la rencontre entre ces deux êtres dévastés par la vie. L’un en a moins conscience que l’autre ou fait mieux semblant, mais ces deux éclopés-là attendront ensemble que la pluie cesse. Il faudra un peu de temps pour ne plus être des pantins fragiles, mais dans cette ville où « le ciel bas et lourd, pèse comme un couvercle » l’espoir n’est pas très loin. Faut-il savoir où le  (re)trouver…

 » Je regrette aussi d’avoir attendu si longtemps »

Dans cet album, Dillies cède une place où il excelle à l’atypique et piquante Grazia La Padula, abandonnant l’illustration pour endosser le statut de scénariste. Encore une fois, je suis conquise, emportée par ce regard à nul autre pareil, cette attention singulière qu’il porte aux détails, ces petites choses sans importance mais sur lesquelles repose toute la sensibilité de l’album. Ces petits riens, Grazia La Padula (dont le dessin anguleux et identifiable au premier coup d’œil m’avait tant touchée dans Les échos invisibles) les saisit et les offre, au fil des cases. On comprend l’attachement à un vieux sac en toile, l’envie de patienter des heures sous la pluie pour oser décrocher un téléphone, le frisson qui vous saisit en touchant le bois lisse d’une guitare, l’immense tendresse en chacun de nous qui ne demande qu’à s’exprimer… Beaucoup de grâce torturée sous ce pinceau qui philtre subtilement la lumière, la diffuse au compte-gouttes. Il suffirait de presque rien pour que les nuances de gris savamment travaillées rendent la morne grisaille flamboyante…

L’article de mon cher binôme

D’autres chroniques : Yspaddaden23 Peonies, Choco, Noukette, Belzaran , Mon petit Carré jaune et Yaneck.

Pour vos oreilles, Keren Ann et son Jardin d’hiver.

TOP BD Yaneck  18/20
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Le rendez-vous de Mango
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Jardin d’Hiver Dillies et La Padula

Paquet

ISBN: 9782888902836

15€ / pages

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30 réflexions au sujet de « Jardin d’Hiver Dillies et La Padula »

  1. Très jolie chronique Madame !! J’avais déjà très envie de lire cet album mais après t’avoir lu, ça va être difficile d’éviter l’achat compulsif. Bien envie de me porter pâle aujourd’hui pour pouvoir aller en librairie 😛 (ah… ^^)

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