Neuvième art

Maus – Spiegelman

Maus- Art Spiegelman

Doit-on encore présenter Maus ?

Doit-on encore dire et redire qu’il s’agit d’une oeuvre magistrale ?

Doit-on la conseiller à tous avant même de l’avoir lue ?

OUI. Encore et encore.

Deux tomes pour une chronique familiale. Art Spiegelman fait de l’histoire de son père une bande-dessinée qui va relater sans ménagement la Seconde Guerre Mondiale et ses horreurs.

Arty est juif, c’est dire si sa famille va être au coeur de la dévastatrice Shoah. Il décide donc au fil de conversations avec son père de retracer ce que cet homme, ce survivant qui « saigne l’Histoire » a dû subir et vivre. Fuites, dénonciations, cachettes sommaires, faim, violences, barbarie et injustices tant de mots qui ont tristement ponctué le quotidien d’un peuple persécuté. Puis vient le temps de la déportation, de la survie dans les camps du glaçant Auschwitz où tout se résume bien trop simplement : il y a ceux qui vont d’un côté, ou de l’autre. Douloureuse dichotomie.

Si cette BD offre un témoignage historique fourmillant de détails et de scènes qui choquent, elle est aussi un fabuleux récit sur les relations entre un père et son fils, le premier se livrant sans fard à l’autre qui écoute et prend en note les mots durs. C’est un véritable regard sur le travail d’écrivain que nous dévoile Art Spiegelman. Ainsi, les deux tomes de Maus sont ponctués de planches qui retracent la genèse de son oeuvre : les enregistrements des témoignages de son père, les réflexions sur l’écriture, le choix des scènes et mises en scène, la nostalgie d’une femme tant aimée, les photos de ceux qui ne sont plus, seuls souvenirs d’une famille décimée.

Du point de vue graphique, l’animalisation pourrait refroidir plus d’un lecteur. Les personnages apparaissent en effet sous les traits de souris, de rats ou de porcs. Nous ne sommes pas loin des grands fabulistes férus de critique sociale. Cette distance prise avec l’homme n’est pas anodine quand on sait le sort qui était réservé à ceux qui n’étaient pas conformes au modèle suprême nazi. Enfin, le traitement de l’image en noir et blanc, sans aucune nuance, convient à mon sens parfaitement pour retranscrire cet univers froid et d’une cruauté sans non. Spiegelman a ce talent là aussi, celui de dire l’Histoire comme personne d’autre.

La semaine prochaine, je serai en Pologne et il me semble impossible de ne pas aller à Auschwitz. C’est un projet qui me tient à coeur depuis longtemps et ces lectures ne font que me rappeler combien il est impératif et indispensable pour moi d’aller là-bas.

Quitte à me répéter, indéniablement Maus fait partie d’un patrimoine BD précieux. Oui, c’est une oeuvre magistrale. Mes respects Monsieur Spiegelman.

Maus – Art Spiegleman

Merci à Bastien et Aude pour ce joli cadeau.

Cette lecture bouleversante, je la partage avec Marion. Un petit tour sur son blog pour y découvrir son avis ?

Les avis de Mango, Delphine, Khadie.

Maus d’Art Spiegelman

Traduction de Judith Ertel

Flammarion, 1998

2 tomes, 28 euros

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