L'Art du Roman·Les classiques c'est fantastique

Une Page d’amour – Émile Zola

 

Une page d'amour Zola

Le début du livre nous plonge dans une pièce chaleureuse pleine de douceur. Un moment de sérénité vite terni par une scène dramatique : une enfant, Jeanne, en pleine crise se meurt. Sa mère Hélène parcourt les rues, totalement désemparée, tentant de trouver un médecin coûte que coûte. Elle trouve alors secours auprès d’Henri Deberle, un jeune médecin (marié) qui parvient à soulager l’enfant. Jour après jour, une grande amitié se crée entre Hélène et la famille Deberle. Toutefois, le lecteur n’est pas dupe : nos yeux ont vite épousé le regard d’Henri tombé sous le charme de cette femme meurtrie à deux doigts de perdre sa fille.

Par derrière, son chignon dénoué laissait pendre des mèches folles jusqu’à ses reins. Elle avait dégagé ses bras nus, pour être plus prompte, oublieuse de tout, n’ayant plus que la passion pour son enfant. Et devant elle, affairé, le médecin ne songeait pas davantage à son veston ouvert, à son col de chemise que Jeanne venait d’arracher.

Ces premières pages zoliennes donnent immédiatement le ton : ce sont des pages d’amour, parfois gorgées d’érotisme – pour le lecteur qui veut bien lire entre les lignes – que nous allons tourner. En effet, la passion est là, bien présente saisissant le cœur des personnages. Hélène ne cessera, en femme aimante mais rongée par le devoir moral de canaliser cette passion qui la dévore. Puis, au fil des moments partagés, elle fera tomber toutes les barrières qui la séparent d’Henri, se livrant à lui et se laissant aller aux émois d’un amour naissant.

L’amour grandi en lui pendant des mois, endormi plus tard par la rupture de leur intimité, éclatait d’autant plus violent, qu’il commençait à oublier Hélène.

Jusque-là, c’est une histoire toute classique que nous offre Zola. Mais, c’est sans compter sur la présence, ou plutôt l’omniprésence de Jeanne. Là où la femme d’Henri pourrait être l’obstacle infranchissable pour vivre pleinement leur amour, c’est en réalité la jeune enfant qui viendra étouffer cette idylle. D’un égoïsme sans nom, profondément attachée à sa mère et d’une jalousie maladive, Jeanne incarnera la morale toute puissante à ne pas bafouer et jouera de sa santé fragile pour déstabiliser sa mère. L’amour maladif s’immisce alors dans ces jolies pages d’amour qui se voudraient plus charnelles.

Ah ! quelle duperie, cette rigidité, ce scrupule du juste qui l’enfermaient dans les jouissances stériles des dévotes ! Non, non, c’était assez, elle voulait vivre !

Je ne vous cacherai pas que j’ai détesté le personnage de Jeanne, cette insupportable enfant qui vous dissuade à tout jamais d’en avoir. Elle impose consciemment à sa mère un choix douloureux et la manipule avec cruauté tout en se faisant passer pour une enfant fragile et naïve, elle qui a vite compris les enjeux d’un potentiel remariage de sa mère. Qu’il s’agisse d’Henri ou d’un autre, il n’y a de place pour personne dans sa petite bulle familiale. Une relation bien trop fusionnelle pour être saine en somme.

Mais, à présent, qu’elle redevenait forte, elle ne voulait plus partager sa mère. Alors, elle se prit d’une rancune pour le docteur, d’une rancune qui grandissait sourdement et tournait à la haine, à mesure qu’elle se portait mieux.

Enfin, en arrière-plan, témoin de ces multiples enjeux amoureux, une autre déclaration d’amour voit le jour: celle d’un Zola qui dresse avec poésie et magie, le portrait d’un Paris sublimé par ses mots.

Une Page d’amour – Émile Zola

8e tome des Rougon Macquart

Éditions Gallimard – Collection Folio classiques

ISBN: 9782070381876

8.49€ / 416 pages

Les classiques c’est fantastique!

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