L'Art du Roman·Les classiques c'est fantastique

Son Excellence Eugène Rougon – Émile Zola

Il avait vécu jusque-là dans le dédain des femmes, et la première sur laquelle il tombait, était certes la machine la plus compliquée qu’on pût imaginer.

Sixième volet de la saga des Rougon-Macquart.  Et il faut dire que cette oeuvre est vraiment une très jolie surprise dans mon parcours zolien. Après avoir été particulièrement séduite par La Faute de l’abbé Mouret, je n’étais pas très enthousiaste à l’idée de poursuivre avec Son Excellence Eugène Rougon. Oui, je ne sais pas ce que vous en pensez, mais l’idée de parcourir quatre-cents pages causant d’intrigues politiques et des dessous du pouvoir ne me réjouissait guère… Soit. Le premier chapitre s’ouvre en effet sur une assemblée molle, peu transportée par les questions à l’ordre du jour. La seule effervescence qui anime les hommes présents concerne Eugène Rougon (le frère d’Aristide, le spéculateur avide de La Curée) qui, dès l’ouverture du roman, est l’homme que l’on attend, l’homme par lequel tout semble se jouer. Très vite, on comprend que si fresque politique il doit y avoir dans cette œuvre, tout se jouera en coulisse, avec deux directions possibles: d’une part, la sphère des intérêts liés à la possession du pouvoir politique et au prestige que cela confère aux hommes, et d’autre part, la sphère des intrigues féminines, dignement représentée par Clorinde, sorte de double féminin de Rougon. Tout au long de l’œuvre, une lutte de pouvoir et d’influence se jouera entre les deux personnages.

Rien n’est ennuyeux comme de ne pas savoir à quoi s’en tenir.

Interprétation partisane ou choix de lecture orienté, j’ai souvent eu l’impression que la politique était finalement relayée au second plan et que les femmes étaient souvent mises sur le devant de la scène. Certes, rarement sous leur meilleur jour, puisque là où les hommes sont encensés pour leur talent d’orateur, leur capacité à argumenter, répondre aux attaques des adversaires, les femmes n’ont souvent pour seul talent que celui d’user de leurs charmes. Le corps se fait monnaie d’échange, moyen de pression, objet de toutes les convoitises et la séduction est une arme de poidsClorinde et ses courbes sensuelles, ardemment désirée par Rougon excelle ici dans la manipulation. ( La Merteuil n’est pas loin…) Elle refuse de laisser Rougon se conforter dans le mépris de la gente féminine et fera tout pour bousculer ses certitudes. Elle ira très loin dans son besoin insatiable de conquête, incarnant tour à tour les figures de garce, de femme fatale inaccessible, de femme facile, de catin de luxe. Et toute l’œuvre sera un éternel jeu de domination et de chutes sociales sur toile de fond historique comme Zola sait parfaitement le faire. À savoir maintenant qui sortira vainqueur de ce combat acharné où tous les coups sont permis.

Quand les femmes ne vous mettent pas une couronne sur la tête, elles vous passent une corde au cou.

Notons également les nombreux discours concernant le genre romanesque, dont on fait souvent le procès dans ce livre. C’est une des intrigues secondaires que j’ai aimée suivre, d’autant que Zola, comme beaucoup d’autres romanciers du XIXe, a souvent été condamné pour ses textes jugés immoraux. C’est donc non sans une certaine ironie – des plus savoureuses – qu’il dépeint les débats liés aux dangers pernicieux du roman, image véhiculée par la doxa depuis bien des siècles.

Refusez la liberté au peuple, un jour le peuple la reprendra.


Son Excellence Eugène Rougon – Émile Zola

6e tome des Rougon-Macquart

Éditions Gallimard – Collection Folio classiques

6.30€ / 480 pages

ISBN: 9782070399673

Les Classiques c’est fantastique !

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s